Est-il si difficile de s’adresser au pharmacien pour lui demander un médicament qu’il faille le mettre en libre-service ? Toute affairée à mettre en place cette mesurette qui n’améliorera en aucun cas le service apporté au client, notre ministre chargé de la santé evite de s’attaquer au fond du problème : permettre la délivrance des médicaments dans les meilleures conditions afin d’améliorer le bénéfice clinique et diminuer les iatrogénies. Selon une étude de Smart Pharma Consulting dont les résultats sont publiés dans Le Quotidien du Pharmacien du 19/11/2007, le prix des médicaments concernés ne baissera que de 5% sur les trois prochaines années. Côté pharmacien, “le libre accès induirait un CA supplémentaire moyen de 1 200 euros par an et par officine, soit 465 euros de marge brute”. Pour l’Assurance Maladie (AM), l’économie envisageable est inférieure à 1,5 million d’euros entre 2008 et 2010 car moins d’un tiers des achats d’automédication induits par le libre accès s’inscriront en substitution d’une consultation et d’une prescription médicale associée”. Cependant, cette économie, déjà minime face au 6 milliards d’euros de deficit de l’AM, sera probablement effacée par le coût de la prise en charge des iatrogénies engendrées.
Il serait plus productif de mettre en place les mesures nécessaires au développement de la pharmacie clinique (formation continue performante, rétribution des services pharmaceutiques à l’image de la Medication Therapy Management aux USA(1,2)) et ainsi de permettre aux pharmaciens de faire leur travail sans se disperser dans des secteurs d’activités dont le seul intérêt est leur marge. Le bénéfice économique de l’intervention pharmaceutique n’est plus à démontrer (cf les références bibliographiques N°2,3 et 6 à 13 de cet article de l’American Pharmacists Association: MTM in community pharmacy practice.pdf) mais rien n’est fait pour l’optimiser…

(1):http://www.medscape.com/viewarticle/515239*
(2):http://www.medscape.com/viewarticle/515241*
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Selon un sondage de Call Medi Medical pour Le quotidien du Pharmacien, 68% des pharmaciens misent sur la rémunération de nouvelles missions pour compenser les baisses de marge. Cela me semble en effet plus intéressant que de diversifier l’offre de produits disponibles dans les officines (notamment la vente de produits alimentaires comme cela se fait déjà en Allemagne) ce qui ferait évoluer l’officine française vers le modèle du drugstore où le trouve tout et n’importe quoi.

Il serait plus intéressant, du point de vue de la santé publique, de rémunérer des actes telles que l’éducation diététique, la prévention de la consommation de drogue, le suivi des toxicomanes sous traitement de substitution [chaque euro investit dans ce domaine fait économiser entre 7 et 12 euros sur le coût global de la toxicomanie (frais de justice, coût de la délinquance liée à la toxicomanie, prise en charge des comorbidités engendrées par les addictions….)*], l’optimisation thérapeutique (chronopharmacologie entre autres…).
En outre, la rémunération de certains actes spécifiques permettrait en contre partie d’exiger une formation pour le réaliser et donc d’améliorer la prise en charge.
En effet, la seule rémunération à la vente pervertit le système:
- pourquoi passer plus d’une demi-heure à expliquer l’intérêt d’une alimentation variée par rapport à un saupoudrage de compléments alimentaires (parfois utiles dans certaines conditions), lorsque cet acte d’éducation n’est pas reconnu…???
- pourquoi s’investir réellement dans le suivi d’un patient toxicomane (supervision de la prise de méthadone, entretien avec le patient pour améliorer le traitementet prévenir les rechutes, explication du principe du traitement de substitution, entretien avec le médecin pour le suivi, relais avec les services sociaux….), lorsque le traitement pour une semaine est facturé 1,61€x7j= 11,27€ soit environ 6 € de marge auxquels il faudrait déduire les charges salariales et autres…
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la parapharmacie se développe de plus en plus… au détriment de la pharmacie clinique…

*WHO/UNODC/UNAIDS. Substitution maintenance therapy in the management of opioid dependence and HIV/AIDS prevention. 2004.