Le médicament et après ?
février 20th, 2009
Alors que La Revue Prescrire fait le bilan de l’année 2008 où aucun nouveau médicament n’a apporté de réelle amélioration thérapeutique, il est plus que nécessaire de prendre en compte les possibilités d’amélioration des soins si tous les acteurs étaient utilisés de manière optimale. Un exemple criant est celui du pharmacien. Notre capacité d’intervention est diluée dans des tâches sans aucune utilité telles que la vente de parapharmacie : cosmétique sans efficacité prouvée et compléments alimentaires inutiles dans la plupart des cas. A ce sujet il est intéressant de lire la brochure de l’Institut National du Cancer sur la nutrition et la prévention du cancer. Il est notamment utile de lire cet encadré page 38 :
Les fruits et légumes ne peuvent pas être remplacés par des compléments alimentaires :
Sachant que les consommateurs de compléments alimentaires sont en augmentation : 19,7 % en 2006 d’après l’étude INCA2 (Afssa, 2007) contre 11,2 % en 2004 (Hebel, 2007), il est important de rappeler que la prise de compléments alimentaires n’est pas équivalente à la consommation de fruits et légumes (Druesne-Pecollo et al., 2007) :
> Tout d’abord, contrairement aux compléments alimentaires (consommés sous forme de comprimés, gélules…), les fruits et légumes contribuent à la diminution du risque de prise de poids. En effet, les fruits et légumes ingérés participent au déclenchement de la satiété. Consommés à la place d’aliments très énergétiques (très gras et/ou très sucrés), ils contribuent aussi à limiter les apports énergétiques.
> Ensuite, les fruits et légumes consommés en tant que tels permettent de tirer bénéfice des synergies entre les composants qu’ils apportent. C’est le cas, par exemple, des composés à activité antioxydante : l’activité antioxydante d’une pommeest très supérieure (plus de 200 fois) à l’équivalent en vitamine C du fruit (Eberhardt et al., 2000) ; l’étude des relations dose-effet antioxydant, réalisée avec différents fruits (pomme, orange, raisin et myrtille) montre que le mélange de fruits est bien plus
efficace que chaque fruit pris séparément (Liu, 2004).
> Enfin et surtout, la consommation de compléments alimentaires, qui apportent les micronutriments/microconstituants à des doses élevées, peut présenter plus de risques que de bénéfices. Ainsi, l’apport de bêta-carotène sous forme de compléments alimentaires augmente de manière convaincante le risque de cancers chez des sujets à risque (cancer du poumon chez les fumeurs : cf. chapitre Compléments alimentaires à base de bêta-carotène) alors que la consommation d’aliments contenant ce micronutriment semble favorable (pour la prévention du cancer de l’oesophage).
Il est donc indispensable de reformer le système de distribution des médicaments afin de rémunérer l’éducation thérapeutique. L’Ordre des Pharmaciens a rendu public les résultats d’une étude (certes de faible puissance statistique) sur l’éducation des patients asthmatiques : à la suite du processus d’entretien pharmaceutique “le taux de patients présentant un contrôle satisfaisant de leur asthme passe ainsi de 39 % au début de l’étude à 64 % à la fin de l’étude. Le maintien de cette amélioration sur 12 mois témoigne, par ailleurs, d’une réelle prise de conscience du patient“. Voilà un bon moyen de faire des économies de santé.
Il est donc raisonnable d’envisager un élargissement de ce type d’interventions ainsi que leur rémunération afin de remplacer la vente de compléments alimentaires ou de produits dermocosmétiques inutiles à la santé publique et qui plus est producteur de déchets.
Dans un contexte de récession et de développement durable il est judicieux de s’orienter vers la provision de services ayant un impact environnementale et sanitaires. Mais le lobby des titulaires d’officines est-il près ou capable à faire un virage à 180° ? Les politiques sauront-ils prendre des mesures incitatives ?

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