De l’efficacité de la visite médicale
avril 4th, 2009
Maurice Belais, PDG de la société de conseil spécialisée dans les analyses de données et le marketing prédictif Quatrax, affirmait, au sujet de l’impact de la visite médicale, dans un article intitulé “Médecins - labos : Bien cerner les relations” dans le numéro d’avril 2008 de la revue Pharmaceutiques : « Il existe une relation totalement directe entre la quantité de contacts engagée par un laboratoire et le nombre de prescriptions rédigées par la suite ».
Cette déclaration est à mettre en parallèle avec les effectifs croissants des équipes marketing en comparaison de ceux des équipes de recherche : les deux diapos sont extraites d’un fichier powerpoint produit par l’organisation nofreelunch.org : accès direct
En outre, Quatrax recommande de privilégier deux canaux pour la relation avec les médecins : la formation médicale continue et les séminaires thématiques. Les informations fournies par ces deux voies seront donc forcément biaisées lorsqu’elles sont sponsorisées par un laboratoire.
Dommage pour la santé publique !
Orlistat en vente libre
mars 3rd, 2009
La branche Santé Grand Public du laboratoire GSK doit commercialiser en mai un médicament à base d’orlistat accessible sans prescription. Comme le fait justement remarquer La Revue Prescrire, “l’évaluation clinique de l’orlistat ne montre toujours pas d’effet sur les complications cliniques de l’obésité. Elle confirme que dans les essais cliniques, par rapport aux seules mesures non médicamenteuses, l’ajout de 60 mg à 120 mg d’orlistat pris 2 à 3 fois par jour pendant 6 mois à 12 mois amène, en moyenne, une perte de poids d’environ 3kg. De nombreuses personnes restent en surpoids. Un an après l’arrêt du traitement, un retour au poids initial est fréquent“.
Ce paragraphe à lui seul devrait suffire à dissuader les consommateurs potentiels. Si ce n’est pas suffisant, une deuxième couche s’impose : “Les effets indésirables digestifs de l’orlistat surviennent chez plus de la moitié des personnes, notamment : pertes anales graisseuses, diarrhées (parfois avec saignements), incontinences fécales, douleurs abdominales, etc.. Les diarrhées dues à l’orlistat réduisent la biodisponibilité de médicaments tels que les contraceptifs oraux, ce qui expose les femmes à une grossesse non désirée. Une fréquence accrue de fractures osseuses avec l’orlistat a été rapportée lors d’un essai clinique chez des adolescents. Une diminution de l’absorption des vitamines liposolubles, dont la vitamine D, est plausible. De rares cas de pancréatites et d’hépatites ont été rapportés, ce qui incite à arrêter l’orlistat en cas de fortes douleurs abdominales“.
Où est le service rendu à la santé publique ? Le mystère demeure !
A lire également : Rev Prescrire 2009 ; 29 (305) : 167. Accès libre
Le médicament et après ?
février 20th, 2009
Alors que La Revue Prescrire fait le bilan de l’année 2008 où aucun nouveau médicament n’a apporté de réelle amélioration thérapeutique, il est plus que nécessaire de prendre en compte les possibilités d’amélioration des soins si tous les acteurs étaient utilisés de manière optimale. Un exemple criant est celui du pharmacien. Notre capacité d’intervention est diluée dans des tâches sans aucune utilité telles que la vente de parapharmacie : cosmétique sans efficacité prouvée et compléments alimentaires inutiles dans la plupart des cas. A ce sujet il est intéressant de lire la brochure de l’Institut National du Cancer sur la nutrition et la prévention du cancer. Il est notamment utile de lire cet encadré page 38 :
Les fruits et légumes ne peuvent pas être remplacés par des compléments alimentaires :
Sachant que les consommateurs de compléments alimentaires sont en augmentation : 19,7 % en 2006 d’après l’étude INCA2 (Afssa, 2007) contre 11,2 % en 2004 (Hebel, 2007), il est important de rappeler que la prise de compléments alimentaires n’est pas équivalente à la consommation de fruits et légumes (Druesne-Pecollo et al., 2007) :
> Tout d’abord, contrairement aux compléments alimentaires (consommés sous forme de comprimés, gélules…), les fruits et légumes contribuent à la diminution du risque de prise de poids. En effet, les fruits et légumes ingérés participent au déclenchement de la satiété. Consommés à la place d’aliments très énergétiques (très gras et/ou très sucrés), ils contribuent aussi à limiter les apports énergétiques.
> Ensuite, les fruits et légumes consommés en tant que tels permettent de tirer bénéfice des synergies entre les composants qu’ils apportent. C’est le cas, par exemple, des composés à activité antioxydante : l’activité antioxydante d’une pommeest très supérieure (plus de 200 fois) à l’équivalent en vitamine C du fruit (Eberhardt et al., 2000) ; l’étude des relations dose-effet antioxydant, réalisée avec différents fruits (pomme, orange, raisin et myrtille) montre que le mélange de fruits est bien plus
efficace que chaque fruit pris séparément (Liu, 2004).
> Enfin et surtout, la consommation de compléments alimentaires, qui apportent les micronutriments/microconstituants à des doses élevées, peut présenter plus de risques que de bénéfices. Ainsi, l’apport de bêta-carotène sous forme de compléments alimentaires augmente de manière convaincante le risque de cancers chez des sujets à risque (cancer du poumon chez les fumeurs : cf. chapitre Compléments alimentaires à base de bêta-carotène) alors que la consommation d’aliments contenant ce micronutriment semble favorable (pour la prévention du cancer de l’oesophage).
Il est donc indispensable de reformer le système de distribution des médicaments afin de rémunérer l’éducation thérapeutique. L’Ordre des Pharmaciens a rendu public les résultats d’une étude (certes de faible puissance statistique) sur l’éducation des patients asthmatiques : à la suite du processus d’entretien pharmaceutique “le taux de patients présentant un contrôle satisfaisant de leur asthme passe ainsi de 39 % au début de l’étude à 64 % à la fin de l’étude. Le maintien de cette amélioration sur 12 mois témoigne, par ailleurs, d’une réelle prise de conscience du patient“. Voilà un bon moyen de faire des économies de santé.
Il est donc raisonnable d’envisager un élargissement de ce type d’interventions ainsi que leur rémunération afin de remplacer la vente de compléments alimentaires ou de produits dermocosmétiques inutiles à la santé publique et qui plus est producteur de déchets.
Dans un contexte de récession et de développement durable il est judicieux de s’orienter vers la provision de services ayant un impact environnementale et sanitaires. Mais le lobby des titulaires d’officines est-il près ou capable à faire un virage à 180° ? Les politiques sauront-ils prendre des mesures incitatives ?
Dealer de maladies
février 5th, 2009
La définition de la santé, selon l’OMS, comme “état de complet bien-être physique, mental et social” laisse la possibilité d’interpréter toutes les difficultés de la vie courante (stress, anxiété, jambes sans repos, troubles transitoire de l’érection) comme des pathologies à traiter absolument. C’est dans cette brèche que s’engouffre l’industrie pharmaceutique pour élargir son marché. Le “disease mongering” consiste à convaincre les individus sains qu’ils sont malades et qu’il est nécessaire qu’ils soient pris en charge médicalement. La revue Plos Medicine a publié en avril 2006 un numéro spécial sur ce phénomène.
Les différents articles analyses des cas concrets comme la “promotion” du syndrome des jambes sans repos ou les campagnes marketing autour des troubles de l’érection.
Le principe de base consiste à faire parler d’un trouble, sous couvert de santé publique, par le biais d’articles de presse, d’associations de malades (souvent sponsorisées par les laboratoires pharmaceutiques), de consensus de spécialistes, d’articles de revues spécialisées…
Dans le cas du syndrome des jambes sans repos, les auteurs analysent la manière dont a été couvert le sujet par les quotidiens grand public.
Les faits les plus marquants sont :
- une exagération de la prévalence de la maladie,
- la suggestion que tout trouble doit être traité,
- la suggestion que le médecin ne connaît pas cette pathologie,
- l’occultation complète des effets indésirables du ou des traitement(s) médicamenteux.
Cette analyse laisse songeur quant à la capacité de certains journalistes à vérifier leurs données.
L’initiative australienne Media Doctor, qui consiste à évaluer la qualité des informations médicales produites dans les journaux grands publics, devrait être étendu à tous les pays afin d’aider les citoyens dans leurs recherches.
Les techniques les plus utilisées pour augmenter la taille du marché d’un médicament sont :
- augmenter la prévalence d’une pathologie (biais de sélection…),
- promouvoir l’utilisation d’un médicament pour des symptômes légers,
- promouvoir l’utilisation d’un médicament comme traitement de première intention d’un problème qui n’était jusqu’alors pas considéré comme une pathologie (ex: les troubles de l’érection du sujet âgé font partie du processus normal du vieillissement).
Il est indispensable de garder ces notions à l’esprit et d’avoir un regard critique sur toutes les études scientifiques qui sont produites.
Le numéro complet de Plos Medecine au format pdf est disponible ici !
Commerce en ligne et produits de santé
août 3rd, 2008
Le Forum des Droits sur l’Internet a publié de nouvelles recommandations pour le commerce en ligne des médicaments.
L’analyse de la législation montre que l’interdiction de publicité pour une officine est le seul rempart contre la vente en ligne. En effet, le site marchand d’une pharmacie serait considéré comme une publicité contraire à la législation.
La certification des sites marchands pharmaceutiques ainsi que l’adossement du site à une pharmacie semble être les meilleures propositions pour limiter le développement de la vente illégale de médicaments sur internet.
Antibiothérapie ou ECBU en cas de cystite aiguë ?
avril 17th, 2008
Selon un article paru dans Critique et Pratique - L’Actualité Médicale “une règle de décision clinique à trois critères pourrait réduire de façon significative la prescription d’antibiotiques inutiles et de cultures d’urine chez les patientes présentant des symptômes de cystite aiguë”.
Cet article recommande l’utilisation d’une règle clinique simple :
Antibiotiques d’emblée si présence d’au moins deux des critères suivants, sinon attendre les résultats de l’ECBU :
- Brûlures mictionnelles,
- Leucocytes > traces,
- Nitrites positifs.
L’utilisation de cette règle “aurait réduit en termes relatifs la prescription d’antibiotiques de 24 % et d’antibiotiques inutiles de 40 % ainsi que le nombre de cultures de 59 %”.
Qualité de service : le point de vue du client
avril 15th, 2008
L’évaluation de la qualité du service par le client dépend de facteurs subjectifs. La méthode SERVQUAL permet d’évaluer la performance d’un service et sa perception par le client.
La méthode SERVQUAL est basée sur cinq dimensions principales :
- les facteurs tangibles : apparence générale de la pharmacie, présentation du personnel, bon fonctionnement du matériel…
- la fiabilité : capacité à assurer le service promis,
- la réceptivité : volonté d’aider les clients et de fournir un service rapide,
- le professionnalisme : l’équipe possède telle les connaissances pour assurer le service offert ? L’équipe est-elle capable d’inspirer confiance?
- l’empathie : capacité à comprendre le client sans porter de jugement.
Voilà autant de facteur sur lesquels il est possible d’agir afin d’améliorer l’expérience du client.
Pour approfondir: l’article de 12manage.com
Pharmacien Responsable de l’Assurance de Qualité
avril 15th, 2008
Votre avis sur la formation pour devenir Pharmacien Responsable de l’Assurance de Qualité (PRAQ) m’intéresse :
-Utilité de la formation,
-Mise en pratique à l’officine,
-Points forts ou faiblesses de cette formation….
N’hésitez pas à soumettre votre opinion en laissant un commentaire.
Merci d’avance.
Leclerc : les pros du lavage de cerveau !
avril 7th, 2008
Tout le monde à probablement déjà vu la fameuse pub de l’enseigne de grande distribution qui lorgne sur le monopole pharmaceutique…
Le problème est toujours le même : je vois mal un docteur en pharmacie, même compétent, faire un conseil adapté à chacun des clients de la “pharmacie” d’une grande surface. Le prix est une chose, la qualité du service en est une autre! Il n’y a pas que le portefeuille de Mme J, il y a aussi sa santé.
Pour ce qui est de la protection du pouvoir d’achat, Leclerc et consorts ne sont pas franchement les meilleurs comme le montre l’étude de l’UFC-Que choisir qui prouve, ce dont tout le monde se doute, que le prix dépend de la concurrence en présence. Autrement dit, quand il n’y a pas de concurrence, tant pis pour le portefeuille de Mme J. d’autant que la publicité se charge de lui faire croire le contraire.
Les réponses de l’Ordre des Pharmaciens et de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine n’ont pas tardées. Voici la réponse de lUSPO :
“Marges arrière :
Après l’application de la loi Chatel du 3 janvier 2008, nous pouvons constater deux attitudes complètement opposées :
* Dans le circuit pharmaceutique : La suppression des marges arrière se traduit par une baisse des prix des médicaments au 1er semestre 2008 : 120 millions d’euros sont ainsi économisés et rendus par les pharmaciens en baisses de prix au bénéfice des patients.
* Dans la Grande distribution : Le même mécanisme aurait dû se traduire par une baisse du prix du caddie de la ménagère de 15 %. Au contraire, les consommateurs voient les prix augmenter. Ou est passé l’argent des marges arrière dans les grandes surfaces ?
Pouvoir d’achat :
Les prix des 100 premiers médicaments de médication officinale ont augmenté seulement de 1% en 4 ans. Dommage que les grandes surfaces ne soient pas aussi performantes pour défendre le pouvoir d’achat des Français ! Dans une communication qui s’apparente plus à de la diversion, Mr Leclerc promet des baisses de prix sur des produits qu’il n’est pas autorisé à distribuer, pour mieux dissimuler les augmentations de prix sur des produits dont il a aujourd’hui quasiment le monopole.
Les pharmaciens se sont engagés :
* A la transparence et à la baisse des prix sur les médicaments conseils ;
* A mettre en place, avec les Pouvoirs Publics, un Observatoire des prix ;
* A renforcer le conseil pharmaceutique sur ces médicaments ;
* A freiner la surconsommation de médicaments
Les Pharmaciens proposent l’organisation du parcours de soins de première intention dans l’intérêt de la santé publique et des patients, et une meilleure visibilité sur les prix dans l’espace conseil de la pharmacie. Les mesures préconisées par la commission ATTALI, qui suivait les propositions prônées par Mr Leclerc, ont été clairement balayées par le Président de la République. Nous considérons donc aujourd’hui que Mr Leclerc est définitivement disqualifié pour parler de la Santé”.
Diarrhée du nourrisson: Vigilance accrue requise !
mars 22nd, 2008
Le Quotidien du Pharmacien du 20/03/2008 publie les résultats d’une étude sur le traitement de la diarrhée du nourrisson, en région Rhône-Alpes, montrant que seule la moitié des enfants atteints ont reçu le traitement adéquat par soluté de réhydratation orale. Cette étude a porté sur 63 591 cas de diarrhée identifiés chez les nourrissons de moins de 1 an entre le 1er octobre 2004 et le 15 septembre 2006. “Sur la période, 50 % des enfants ont reçu un SRO. Contrairement aux recommandations, des médicaments symptomatiques ont aussi été prescrits. Le racécadotril, ralentisseur du transit antisécrétoire, indiqué en complément de la réhydratation orale, était le plus utilisé, chez 60 % des nourrissons souffrant de diarrhée et, dans près d’un quart des cas, sans SRO“. De plus, 373 nourrissons se sont vus prescrire du lopéramide alors qu’il est contre-indiqué en dessous de 24 mois. “De même, 1 351 nourrissons ont reçu du nifuroxazide, également contre-indiqué avant 2 ans en raison d’effets indésirables de type allergique”.
Les recommandations pour la prise en charge de la diarrhée aiguë de l’enfant sont les suivantes [1] : administrer un soluté de réhydratation orale (SRO) pour corriger la déshydratation en 4 heures, reprendre l’alimentation normale dès la 4e heure avec maintien de l’apport d’un SRO et poursuivre l’allaitement maternel, éviter l’utilisation de médicaments qui ne sont pas nécessaires.
Il est donc indispensable de conseiller un SRO lorsqu’il n’est pas prescrit.
[1] = Sandhu BK. Practical guidelines for the management of gastroenteritis in children. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2001;33 Suppl 2:S36-9.

